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La vie sexuelle de J.M. Keynes

J’ai beaucoup d’admiration pour l’auteur de la Théorie Générale. Surtout depuis que je sais qu’il était complètement dépravé.

Habituellement en cours d’économie, je ne suis pas particulièrement attentive. Le principal enseignement que j’ai tiré de mon dernier cours, consacré à la politique monétaire, c’est:

‎ »Vous connaissez la différence entre les maillots de bain des années 50 et ceux d’aujourd’hui ?
– Dans les années 50, il fallait écarter le maillot pour voir les fesses, maintenant c’est l’inverse ».

Citation: un prof que mes camarades de classe connaissent bien.

Demain, ma mission sera de présenter aux étudiants de ma classe les résultats d’une recherche approfondie sur le père de la macroéconomie: John Maynard Keynes. C’est pourquoi j’ai passé les 14 dernières heures à me renseigner sur la vie sulfureuse de Johnny plutôt que de me pencher sur le Bancor ou le modèle IS-LM.

Il s’ennuyait pas, le Maynard, entre ses opérations spéculatives, ses négociations internationales, la rédaction de l’Economic Journal et ses cours à Cambridge. Sous couvert d’étudier la philosophie, il s’adonnait plein et entier aux principes développés par son pote G.E. Moore, préconisant une appréhension du « bien » de manière intuitive. Moi mon intuition, c’est qu’il avait effectivement une bonne idée de comment se faire du bien.

Keynes a quand même trouvé le moyen le plus classe d’avoir une vie sexuelle débridée et épanouie: intégrer un club ultra-prestigieux. Moi, j’ai jamais vraiment compris l’idée des clubs. Se retrouver entre gens bien, pour parler des affaires du monde, comme si on l’avait entre les mains… ça m’a toujours semblé prétentieux et assez surfait. Mais s’il s’agit de gigantesque partouzes entre camarades de classe triés sur le volet, là, je comprends mieux. C’est un peu « attractive world » mais sans internet. Et avec des vestons.

Oui parce que son truc, à May-may, c’était plus les vestons que les corsets. A Bloomsbury (i.e. club très sélect londonien, qu’il intégrera une fois devenu une petite re-sta après avoir publié Les conséquences économiques de la paix), il s’entiche, entre autres (que dis-je? entre innombrables) du peintre Duncan Grant et du critique Lytton Strachey.

Sexy barbichette, Lytton.

Quand on se penche – sans mauvais jeu de mots – un peu plus sur son cas, ce que j’ai fait avec beaucoup d’ardeur – idem – on réalise que si Freud avait rencontré Keynes, il n’en aurait fait qu’une bouchée (ce qu’a fait Keynes, dans l’autre sens. Je veux dire qu’il l’a beaucoup lu, voilà).

Né dans une famille élitiste, pur produit de Cambridge, son père, un mathématicien un peu terne, le pousse à des études brillantes, alors que Maynard n’a d’yeux que pour sa mère, militante féministe, qu’il adule (Oedipe, nous voilà). Tu m’étonnes que deux décennies plus tard, il enchaîne parties fines et multiples liaisons homosexuelles: le carcan victorien ne pouvait pas tenir très longtemps.

Une fois enfermé avec ses potes intellos dans le petit monde – certes animé – de Bloomsbury, il n’en rate pas une pour nous surprendre: il retourne sa veste et épouse la première danseuse des ballets russes, Lydia Lopokova.

Je ne me suis pas penchée sur son cas à elle, mais elle ne m’a pas l’air gratinée non plus, dans son genre, en termes psychanalytiques: épouser un mari homo et vouloir devenir actrice en Angleterre quand on parle russe, on peut dire qu’elle avait le goût du challenge.

Il paraîtrait que s’en était fini des rencontres feutrées dans les boudoirs londoniens, après son mariage, et que John est devenu mari fidèle et attentionné.

Dommage, c’est dans cette phase « mari fidèle » chiante qu’il a écrit la Théorie Générale. Résultat, j’ai arrêté de m’intéresser à lui et je me demande bien ce que je vais pouvoir raconter demain, pendant mon exposé.

merci à Raph pour les ressources bibliographiques