Petit guide du boss à l’usage des stagiaires

J’ai 23 ans et j’ai déjà effectué toute une ribambelle de stages. Dans une agence de mannequins, dans une maison d’édition, dans une chambre de commerce, dans un ministère, dans un cabinet de conseil, dans les énergies renouvelables, dans les médias, dans le public, dans le privé, dans une multinationale, dans une PME, à mi-temps et à double-temps.

J’y ai appris à faire du montage vidéo, des benchmarks, des statistiques, des sondages d’opinion, des power-points animés, des tableaux croisés dynamiques, des contrats publics, à organiser des évènements, à ne jamais être à court de conversations de machine à café, à comprendre comment fonctionnent les serveurs informatiques, ou la société cambodgienne.

Résultat je sais exactement quoi faire de ma vie.

Mais non, mon questionnement existentiel reste à son comble. Par contre, si je n’ai pas trouvé le sens de la vie, j’ai acquis une véritable expertise en management. Si vous ne savez pas comment gérer votre boss, suivez la guide.

Le « corporate »

Le boss corporate a lui-même développé sa stratégie de management de son intern (stagiaire) sur un power-point, et peut-être même que c’est un autre stagiaire qui lui a fait.

Vous reconnaîtrez facilement le boss corporate car il vous annoncera dès le premier « point » que vous ferez ensemble qu’il souhaite que vous soyez « force de proposition ». Donc il vous responsabilise. Donc il stimule votre créativité. Donc c’est un bon boss (Management 101).

Comment se le mettre dans la poche? Surprenez-le en lui sortant un « Avec plaisir, je prends le lead sur ce sujet, je reviens vers toi à date X et tu me fais un feedback pour qu’on puisse itérer ». Effet garanti.

Le pote

Le boss pote, qu’il le veuille ou non, casse totalement la relation de hiérarchie. A tel point qu’il m’est arrivé de devoir moi-même remonter les bretelles de mon boss: « Putain Odilon, t’as encore la gueule de bois? Tu m’avais promis de m’aider à remplir le tableau de reporting! ».

Sous des airs ultra-cools, ce mode de management pose quand même le problème de vous pousser, parfois contre votre volonté, à la non-productivité totale. Dans le cas où vous souhaiteriez travailler dans cette même entreprise, faites attention, ça risquerait de se voir, que vous glandez à la machine à café toute la journée.

Sinon vous pouvez laisser tomber le futur poste et profiter à fond de cette amitié naissante. Se faire des amis, c’est important aussi.

Le psycho-rigide

Il ne vous a jamais proposé de le tutoyer et persiste à vous demander de lui envoyer une invitation Outlook pour lui poser la moindre question.

Il règne dans toute l’équipe de stagiaires un climat de peur d’être convoqué en entretien, et quand il faut transmettre un document, on tire à la courte paille celui ou celle qui devra aller frapper à la porte de son bureau.

Ma stratégie: le travail au corps. A coup de « Bonjour ! Comment était votre weekend ? » et de « Je me permets de passer dans votre bureau, je vous ai imprimé un article sur les exoplanètes, j’ai cru comprendre que vous étiez passionné d’astronomie », il va craquer: sous tout psycho-rigide se cache un coeur tendre.

Le pédagogue

Le boss pédagogue, bien ô combien rare sur le marché des chefs, est un des seuls qui n’a pas oublié que la contrepartie aux salaires de misères des stagiaires était l’apprentissage. Chaque semaine, il vous fait un petit quizz, et à chaque question que vous posez, il répond « alors, à ton avis, quelle est la réponse à ta question? ». C’est un tout petit peu agaçant, je vous l’accorde. Mais personne n’a jamais dit que la pédagogie c’était pas chiant.

Veillez à ne pas trop prendre d’initiatives en présence de cet type de boss, mais à les tourner en « exercice de prise de responsabilités », pour ne pas vexer ses velléités pédagogiques.

L’emphatique

Le boss emphatique, dans un souci de soutien actif au travail fourni par son stagiaire, a tendance à exagérer ses encouragements. Il enchaîne des « Mais c’est absolument formidable, c’est parfait, génial, merveilleux », alors que toi, tu n’as fait que mettre les titres en gras sur un tableau.

Pour pouvoir gérer émotionnellement ce type de management (parce que non, malheureusement, mettre en gras des titres ne fait pas de vous quelqu’un de fantastique), il suffit de développer un dictionnaire du boss emphatique:

« absolument parfait » = « très bien »

« excellent » = « pas mal »

« pas mal » = « tu t’es complètement plantée ma pauvre fille, recommence ».

L’occupé

Si vous avez la bonne idée de dépendre d’un boss qui a une secrétaire pour sa vie pro et une secrétaire pour sa vie perso qui achète son cadeau de mariage pour sa femme, vous avez choisi le challenge.

Obtenir une entrevue pour qu’il vous oriente sur vos missions tient du parcours du combattant, car non seulement il faut lui faire caser 10 minutes dans son emploi du temps, mais il faut au préalable réussir à l’attraper 20 secondes pour lui demander ces 10 minutes.

Une seule solution: le pied de grue. Un bon petit campement devant la porte de son bureau devrait, à terme, être une solution viable. Vous trouverez tout votre équipement (réchaud à gaz, canif de poche et boîtes de conserve) au Vieux Campeur.

Le bordélique

Il oublie ses rendez-vous, vous demande de retrouver un docment sous une montagne de papiers, et zappe de vous payer à la fin du mois. Je vais vous faire une confidence: ce sont mes boss préférés. Moi, je suis super organisée. J’ai un agenda sur Google, qui est synchronisé avec mon blackberry, et au cas où, j’ai un aussi un agenda moleskine. Les trois répondent à un code couleur, et permettent de diviser mes journées entre rendez-vous pros (rouge), devoirs à la maison (bleu), activités sportives et culturelles (vert), tâches administratives (jaune), et vie sociale (rose).

Avoir un boss bordélique, ça me permet de ressortir mes feutres pour l’agenda de quelqu’un d’autre.

Si vous n’êtes obsédé de l’organisation comme moi et que vous êtes confrontés à un boss bordélique et bien… passez-moi un coup de fil, je pourrai vous caser une formation expresse dans mon agenda.

Le sexy

Le boss sexy présente l’avantage certain d’être un plaisir pour les yeux au quotidien. Mais demande un effort permanent pour contenir vos réflexes séducteurs. S’il vous demande « tu fais quoi ce weekend? », c’est une formule de politesse, pas une invitation. Il faut répondre « je fais le ménage et j’appelle ma mère », pas « hmm je sais pas écoute faudrait que je check… t’as un truc à me proposer? » en vous tortillant les cheveux.

De même, si vous l’entendez dire que vous êtes dans son scope, cela ne veut pas dire qu’il vous drague, mais bien que vous êtes de son ressort professionnel. Se faire une réunion pour brainstormer n’est pas un nom de code pour aller faire l’amour dans la cuisine de la cantine. Et s’il vous demande votre pipe, il s’agit bien de votre tuyau – métaphorique – d’activités.

Sur ce, je retourne travailler.

Merci à Vianney, Ludivine, Isabelle, Pierre, Ludwig, Antoine, Maxime, Lucienne, Elida, Maxime et Karim, pour votre pédagogie.