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Femmes, perceuses, modes d’emploi

Depuis que je suis devenue une adulte – c’est à dire depuis que je suis allée acheter du bulgomme pour la table du salon – je fais des trucs d’adultes. Genre faire des mini-quiches et en apporter un assortiment aux voisins, pour sociabiliser. Genre mettre un couvercle en plastique sur mon assiette quand je la réchauffe au micro-ondes, pour pas salir.

Genre monter une table encastrable sur le mur de la cuisine, le dimanche après-midi. Elle s’appelle Norbert (la table), ça faisait plusieurs mois déjà qu’on en avait fait l’acquisition, sans trouver la motivation de l’installer (ou peut-être était-ce parce qu’on n’avait pas encore acheté le bulgomme, ce qui faisait de facto de nous des enfants).

Bref. Il nous fallait une perceuse, je ressors donc une ou deux mini-quiches pour aller l’emprunter au voisin. Serviable bien qu’au saut du lit, il sort l’engin du fond d’un placard et me demande « Vous avez quelqu’un? ». Moi qui ne saisis pas vraiment le message, je mets ça sur le compte du fait que je l’ai tiré du sommeil, mais il insiste: « Votre copain est là ? Pour vous faire les trous? ».

J’hésite: soit il a un sixième sens qui lui a indiqué que j’étais une catastrophe ambulante en bricolage (auquel cas il est probable qu’il ait eu raison. Ma seule fonction dans le montage de Norbert a été de brancher et débrancher ladite perceuse en encourageant ma coloc d’amour par des : « quel beaux trous ! ».).

Soit il croit vraiment qu’une femme ne peut pas faire de trous dans les murs.