Recherche bonnasse intelligente pour poste de couple à temps plein (négociable)

Après avoir fait l’Ecole de la Vie, on cherche en général à te trouver une « situation »: marié-3 gosses-2 chiens-1 résidence secondaire, baiseur invétéré, drogué du travail, que sais-je. Je sais pas pourquoi mais moi j’ai été inscrite à l’Ecole de la Vie De Merde (sûrement à cause de la carte scolaire), ai brillé dans un master « Vie sentimentale chaotique », mon mémoire de fin d’études ayant été intitulé « l’Amour est une belle enculade ». Pleine de ces acquis intellectuels, je me suis lancée dans ma vie professionnelle de célibataire.

Petite parenthèse: ne voyez pas dans l’expression « vie professionnelle de célibataire » une quelconque allusion à la prostitution. L’autre jour à mon dîner d’anniversaire, mes copines me demandaient si, pour 30 000 euros, je taillerai une pipe à quelqu’un. La réponse unanime a été: personne ne me proposerait 30 000 euros pour ça. C’était un super dîner d’anniversaire. Fin de la parenthèse.

Mon point c’est que y’a quand même un parallèle de dingue entre vie professionnelle et vie amoureuse (sujet qui, au passage, me taraude depuis quelques temps). Non pas que mon boss soit un mec hyper sexy avec qui je vis une aventure torride, non, juste parce qu’avoir un rencard, c’est totalement comme passer un entretien d’embauche. A vrai dire, en ce moment je ne passe pas de véritables entretiens d’embauche. Premièrement parce que j’ai déjà un travail, mais comme en plus  je fais aussi un master 2, je tiens un blog, j’écris un roman et je me tape 12h de danse classique par semaine, j’ai pas spécialement le temps de chercher du travail. Ni d’avoir un mec, soit dit en passant, mais faut savoir s’écouter: on a tous et toutes des besoins qui ne permettent pas de s’en passer pour une longue durée (menus travaux d’électricité, défoulage intempestifs de crise de nerfs, port de trucs lourds, restaus gratuits – les fonctions des hommes, en somme).

Bref, la recherche d’une situation de couple passe nécessairement par une succession d’étapes étrangement similaires à la recherche d’un emploi:

passer en situation de « chômeur actif »:

« Hé les meufs j’ai largué Bob, vous avez pas quelqu’un à me présenter pour le remplacer? »

étudier l’offre:

« Y’a Albert qui a un beau sourire mais il porte des mocassins, y’a Richard qui est très gentleman mais il est de droite, y’a Sven qui est photographe et qui a des tatouages, mais clairement ta mère va te déshériter si elle l’apprend, ou encore Alphonse qui est très intelligent mais qui bande mou ».

postuler:

Perso je me contente de rester là, l’air un peu mystérieux, genre je suis une femme indépendante mais quand même un peu fragile à l’intérieur, en espérant que les hommes – beaux et intelligents – de mon entourage immédiat capteront la subtilité de la posture. Mais j’ai aussi envisagé la pancarte: « I’m free » accrochée au dos de mon manteau.

obtenir un entretien:

« Ah tu fais du handball? J’a-dore ce sport, c’est mon rêve a-bso-lu d’aller voir un match ».

se préparer pour l’entretien:

Choisir une tenue qui dit « je suis hyper bonne mais pas pour autant une salope, sauf si tu le mérites », regarder un film intelligent et lire les journaux pour avoir des trucs intellos à raconter,

passer l’entretien :

Subtil jeu d’envoi de messages subliminaux, où il faut qu’on mette en avant ses qualités (« je fais de la danse classique », donc je suis un bon coup, CQFD), essayer de minimiser ses défauts (« l’autre soir, j’étais complètement bourrée… mais euh, de manière hyper classe »), insister sur le fait qu’on sait être autonome (« on partage la note ») mais qu’on aime travailler en équipe (« … mais j’ai besoin que tu portes mon sac avec tes gros muscles »), qu’on est flexible sur les horaires (« oups, j’ai raté le dernier métro, je vais devoir dormir chez toi ») mais qu’on est dure en négociation salariale (« tu crois qu’elle va s’ouvrir toute seule, cette porte? »).

démissionner au bout d’un mois pour redéfinir son projet professionnel:

Et oui, travailler, c’est chiant, et parfois, être en couple, ça l’est aussi. Faut faire de la place dans son lit, aller voir des films qu’on n’aime pas, s’épiler tout le temps. Et puis on réalise qu’il (l’homme ou le boulot) n’est pas assez stimulant intellectuellement, trop chronophage, est trop loin du métro ou juste, ne correspond pas.

Et c’est reparti pour un tour.