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Une journée pour tout apprendre

Vous pouvez lire ce titre comme le nom d’une nouvelle télé-réalité de M6 à regarder en loosant le dimanche après-midi (moi c’est comme ça que je vois les choses), ou vous pouvez le lire pour la triste réalité qu’il cache  : demain, moi et les dizaines d’inconnus qui ignorent totalement mon existence dans les couloirs de Sciences Po mes camarades de classe passons notre dernier examen de droit public. Pour toujours.

 

Ca fait donc 4-5 jours que je flâne entre ma cuisine et mon salon, des polycopiés à la main, alternant entre des phases de nostalgie, en me disant que finalement, la jurisprudence administrative, c’est pas si chiant (la jurisprudence administrative, c’est comme les mecs, c’est quand ils se cassent que tu réalises que tu les aimais bien), et des phases de pétage de plomb intensives où je mords mon GAJA, les yeux révulsés, en me disant que si j’entends une fois de plus parler de l’arrêt Simmenthal, j’organise une manif en chantant Kamarao au pied du Conseil d’Etat, en signe de protestation contre l’absurdité de la vie (ma coloc d’amour est sur le coup).

Seulement voilà, flâner en brandissant des polycopiés, c’est pas exactement une manière de réviser homologuée par les rats de bibliothèque. Et une chose en entraînant une autre, sans même que je puisse trouver d’explication rationnelle, je me retrouve à devoir plancher DEMAIN pendant 5 HEURES sur un sujet de droit public, alors que je n’ai pas COMMENCE à apprendre quoique se soit.

Ok, j’aurais sûrement pas du boire tant de champagne dimanche soir.

Ok, c’était certainement pas le moment de me lancer dans la confection d’un crumble aux fruits rouges.

Ok, regarder Very Bad Blagues ne m’a pas beaucoup fait avancer niveau constitutionnel.

Ok, j’aurais pu m’occuper de la CAF la semaine prochaine.

Ok, les jardinières du salon auraient aussi pu attendre un peu avant d’être réparées.

Bizarrement, la vie, c’est pas les films américains : pas de musique de Rocky qui rythme les mouvements de ma plume sur les piles de fiches, pas de litron de café qui refroidit à côté des montagnes de livres. Pas de plans-séquence sur ma joue endormie sur mon clavier, au milieu de la nuit.

Pourtant, si vous voulez mon avis, ça ferait une super télé-réalité. Y’aurait un genre de parcours du combattant en forme de pyramide de la hiérarchie des normes, où les équipes devraient gagner des points en citant des conclusions de commissaires de gouvernement. Et en cas de doute, elles pourraient poser des questions préjudicielles. Y’aurait des alliances entre l’équipe de la juridiction administrative et l’équipe de la juridiction judiciaire. Et dans les moments difficiles, certains participants pourraient confier à la caméra, en pleurant, qu’ils ont toujours rêvé d’être conseiller référendaire.

(vous voyez que regarder Koh Lanta ça a une utilité. Stimuler l’imagination).

Non, la vérité c’est : « Alors, les délégations de services publics ont été instaurées par la loi … OH ! Un nouvel épisode de Norman fait des vidéos ! ».

Quand j’essaye de m’en plaindre à, je sais pas, les gens qui m’aiment, ils me répondent immanquablement : « Oh mais arrête, de toutes façons tu fais toujours tout à la dernière minute, tu vas t’en sortir ».

Comme moi aussi je les aime beaucoup, et que j’ai fini ma crise d’adolescence, je peux pas fondre en larmes en hurlant : « PUTAIN mais tu comprends RIEN, le droit public c’est vraiment DUR ». Alors je leur réponds : « Ouai, t’as sûrement raison », en les regardant comme ça :

(je vous parle même pas de ceux qui disent : « Allez, c’est la dernière ligne droite ». Ou : « Mais attends, t’as des super bonnes notes en droit public ») (incomprise, voilà ce que je suis).

Et puis je retourne à mes futures – fiches.

En boudant.

(bouder c’est à peu près aussi utile que donner un coup de pied dans sa table).

Alors demain, nous retournerons tous dans la jolie bourgade de Villepinte (oui, c’est pas loin de Perpignan) pour s’installer dans un LOVELY hangar, très cosy et si propice à la réflexion avec sa disposition absolument pas anxiogène :

(hier, c’était 5h d’économie. Comme j’écris très vite, je me suis barrée au bout de 3, en arborant un large sourire à mes voisins en mode « Allez, salut, moi je vais kiffer les papillons » – oui, il y a des papillons à Villepinte. Quand je l’ai raconté à ma coloc-d’amour, elle m’a dit « Tu fais ta connasse jusqu’au bout ». Je vois pas vraiment ce qu’elle voulait dire).

(si vous aussi vous avez un examen de droit public demain, vous feriez mieux de retourner travailler, ce blog n’a pas grand chose à voir avec la CEDH).