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Que faire de nos paires de seins?

Ces temps ci je déprime pas mal pour l’avenir de l’humanité parce que (dans l’ordre d’importance) : 1. je suis rentrée de vacances et 2. parce que le monde du travail, c’est un sacré repères à lubriques.

J’ai une copine qui est affublée d’un boss qui ressemble fort au genre de bosses qui vous mattent le cul avec un regard lubrique si vous avez le malheur d’avoir un vagin. Comme elle a le plaisir de partager un open-space avec lui, elle était, par voie de conséquence, impliquée dans sa recherche (à lui) d’un(e) nouvel(le) employé(e).

Le Boss avait décidé d’aimablement recevoir en entretien une jeune femme, qui avait l’air fort sympathique au demeurant, mais qui n’avait strictement aucune compétence pour le poste recherché. Moi, je la comprends, la pauvre bougresse, il peut arriver que, poussé(e) par la pression du loyer de septembre, on s’imagine capable de réaliser monts et merveilles, juste pour décrocher un CDD. Je le sais les gars *I’ve been there*. Moi aussi j’ai tenté de devenir chef de projet web alors que le seul langage dans lequel je sais écrire, c’est le français, pas le Javascript.

Ces cas de figures fonctionnent rarement. Par exemple, si on est pompier, on ne peut pas devenir d’un coup de cuiller à pot neurochirurgien, même si on a « J’adore Docteur Maboule » dans ses hobbys. Ca tombe sous le sens.

Ma copine, faisant passer les intérêts de son entreprise avant tout, a quand même fait remarquer à son Boss que c’était un peu ambitieux de confier des missions hautement techniques à une nana qui n’en avait jamais vu la couleur auparavant, partant de la logique simple qu’elle ne confierait jamais son système neuronal à un pompier.

Le Boss, dans sa grande sagesse de manager, lui a répondu :

« C’est pas grave, elle a un joli décolleté. Rien que pour ça, ça vaut le coup de la recevoir en entretien« .

Ma copine elle savait pas trop par où commencer pour diriger son vomi : son Boss ou certains de ses collègues (sans « E ») qui riaient gras.

Je me demande bien si j’aurais pu avoir une réaction raisonnable et efficace dans ce genre de situations :  lui agrafer les couilles sur son siège rotatif lui demander poliment de m’expliquer le rapport entre son décolleté et le poste à pourvoir.

Et puis j’ai réalisé un truc : pendant une seconde, je me suis demandée :

 Pourquoi diable avait-elle mis sur son CV une photo sur laquelle on voyait son décolleté ?

Sur mon CV, on ne voit que ma tête. J’ai choisi une photo angélique qui dit que je suis très autonome mais que je sais aussi travailler en équipe, et que mon plus gros défaut c’est d’être perfectionniste.

Je suis bien affublée de seins, et il m’arrive de porter décolletés, mini-jupes, et tout un tas d’autres trucs moulants, non pas que j’aie envie d’appâter le mâle en rut, mais parce que je suis quelqu’un de très bien habillé, tout simplement. Pour autant, sans même y réfléchir, je me suis bien gardée de le faire savoir à mes recruteurs potentiels.

Pourquoi ? Parce que je ne voulais certainement pas me retrouver dans la situation où l’on me recevrait pour pouvoir mater mes seins tranquilou, pendant que j’explique comment je suis hyper polyvalente et tout ça en anglais; pire, qu’on pense que le seul espoir que je place en ma vie professionnelle, c’est d’être recrutée par un patron qui espère me sauter.

Pourtant, même si mon collègue lubrique me mattait le cul quand je passais devant lui en mini-jupe, ça ne m’a jamais relookée à la mode burka pour autant.

Mon potentiel salope est donc à géométrie variable.

Alors, que penser de cette sympathique jeune femme en quête d’emploi ?

–        la salope, elle l’a bien cherché ?

Peu importe le boulot, son potentiel pro ne tient qu’en deux protubérances, autant le signaler sur son CV. On ne va pas en plus la plaindre.

–        la naïve, elle l’a bien mérité ?

Il aurait fallu faire tout le monde, y compris moi : choisir une photo de tête, pas un portrait américain. Ou aucune photo du tout. Comme ça, ni vu ni connu, on ne va pas chercher la petite bête entre les jambes des lubriques.

–        la femme, elle est bien emmerdée ?

Ses seins, elle les a, et elle n’y peut rien. La norme sociale impose une certaine tenue dans les environnements professionnels, certes, seulement elle ne peut pas totalement les effacer, ses seins. Le problème, ce n’est pas elle, c’est lui, le lubrique.

 (coucou, un conseil : la bonne solution est la 3ème) (de rien).

Que faire de ces seins qu’on ne saurait voir ?

–        Demander aux lubriques de se mettre à notre place

Problème : les seins, c’est bien un problème exclusivement féminin. On ne peut pas comparer les photos-portraits « en buste » des hommes et des femmes. Sur ceux des hommes, on voit une moitié de cravate, sur ceux des femmes, on voit des seins. De même, il n’existe pas d’équivalent-mini-jupe pour les hommes. Résultat, on ne peut pas demander aux lubriques de se mettre à la place des femmes qu’ils réifient, vu que, ô surprise, les hommes et les femmes, c’est pas pareil.

–        Revenir quelques siècles en arrière,

Cacher seins, cuisses, chevilles et droits humains, good old times. C’est emmerdant parce que je vais être obligée de mettre en place une dictature totalitaire pour empêcher le truc, ça va être le bordel, tout ça.

–       Se calmer tout de suite

J’imagine que les seins c’est effectivement très sympa. Mais moi par exemple, j’aime beaucoup les dinosaures, c’est pas pour autant que je me transforme en chienne en chaleur dès que je vois une affiche pour le prochain Jurassik Park.

 

Avis à tous nos amis lubriques rencontrés à la machine à café ou à la photocopieuse : pour votre information, non nos seins n’ont pas pour fonctionnalité d’aguicher le badaud, malgré le fait pourtant largement accusateur qu’ils sont collés à nos poitrines !

Qu’on se le dise.

A bon entendeur.


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