Marguerite, sort de ce corps

Ecrire un roman

 

Ecrire un roman, c’est pas facile. Pourtant, j’ai mis toutes les chances de mon côté.

1. J’ai lu Proust (OK, pas tout, j’avoue, mais ça va, j’ai pas NON PLUS lu toute la Critique de la Raison Pure, ça ne m’empêche pas d’être quelqu’un de très intelligent).

2. J’ai vécu des aventures trépidantes comme sauver la forêt ou nager avec un requin. Spoiler alert : ça ne veut pas dire que je me suis livrée à la rédaction d’une auto-biographie, non, ça je le fais déjà très bien sur mon blog, je vais pas en plus gaspiller du papier.

3. J’ai pris 1 mois de congés sans solde et des billets d’avion hors de prix pour le Cambodge, ma terre d’expatriation, comme ça je peux légitimement me placer dans la catégorie « écrivaine fauchée en devenir ».

Armée de ma Recherche du Temps Perdu version intégrale, et d’autres auteurs que j’affectionne tout particulièrement (David Lodge <3 Stephen McCauley <3 <3 Armistead Maupin <3 <3 <3 – ma vie aurait eu nettement plus de sens si j’avais été un homosexuel américain quadragénaire dans les années 80), j’ai bouclé ma valise et je suis partie. Me disant que ces grands auteurs m’accompagneraient dans mon périple littéraire et m’apporteraient inspiration et inventivité. En réalité lorsque je lis une page, je réalise brutalement l’absurdité de mon geste et l’impossibilité implacable de pondre une phrase qui mérite même le nom de « littérature ». Du caca de fourmi, voilà ce que je suis.

La première étape c’est d’assumer. Je vous mets au défi de prononcer la phrase « Je suis en train d’écrire un roman » sans vous carapater sur place en couinant « Please don’t judge me ». Je vous accorde une médaille si vous arrivez en plus à garder votre sérieux quand on vous répond « Ah tu es écrivain ? » – « Je sais pas connard, toi t’as repeint la cuisine de ta voisine, est-ce que ça veut dire que t’es un putain d’artiste ? » (je suis un peu tendue depuis que j’ai décidé d’écrire un roman).

Perso, j’ai encore un peu de mal. Or, c’est difficile à gérer parce que je rencontre beaucoup de gens nouveaux (tous ces cocktails ne se boivent pas tous seuls mes bons amis), et s’il y a bien une chose que je ne peux pas dire aux gens nouveaux que je rencontre à Phnom Penh c’est : « Je suis en vacances ». Est-ce que vous auriez envie de parler aux gens qui sont à Paris en vacances, vous ? Non, c’est gens là sont bons pour faire la queue à Notre Dame et embouteiller les voies du bus sur leurs Vélibs. Du coup, après avoir précisé que moi aussi j’ai vécu ici et je sais parfaitement indiquer mon chemin au tuk-tuk en khmer, je dis plutôt : « Je suis à moitié en vacances mais aussi je bosse sur un … projet … de type … écrit ». Après, les gens n’ont quand même plus trop envie de me parler. Je comprends vraiment pas pourquoi.

La deuxième étape c’est d’écrire un roman. 

J’ai utilisé mes derniers deniers pour me prendre une chambre d’hôtel de type néo-colonial 4* piscine et petit déj inclus, histoire de me recréer une ambiance « Marguerite Duras » propice à la créativité. Comme s’il suffisait d’essayer très très fort de ressembler à Marguerite Duras pour que ça fonctionne (tout les jours j’essaye de faire pareil avec Kate Moss, pour l’instant les résultats ne sont pas très probants). Je me convaincs que ça marche pas mal en utilisant un argument manageurial très étasunien : « BABY STEPS ».

J’essaye de suivre les conseils de mon entourage : faire des pauses toutes les 40 minutes (je sais pas si les pauses de 4h ça compte), passer du temps avec des autochtones (je sais pas si me bourrer la gueule en boîte ça compte), être au calme (je sais pas si le bord d’une piscine ça compte).

En tout cas, maintenant que j’ai prévenu toute la blogosphère de mon « projet de rédaction d’une fiction plutôt longue », c’est super parce que j’ai pas du tout la pression pour achever mon ouvrage !

Bonnes vacances.

 

ADDENDUM: je l’ai écrit ! Youpi. Achetez-le vite ici. Love.