Bescherelle-ta-mere-le-compte-qui-corrige-et-affiche-les-fautes-des-Twittos_exact780x585_l

Faut-il être ami avec des gens qui font des fautes d’orthographe ?

Se faire des amis quand on a fait Sciences Po, c’est pas si simple. D’abord parce que la réaction de la plupart des gens quand, à la question : « T’as fait quoi comme études? », on répond : « Sciences Po », ressemble à peu près à ça:

Qui plus est lorsque la question est ponctuée de son pendant: « Sciences Po… à Paris ? », auquel évidemment on ne peut répondre que par un rapide: « Ben oui, Paris », qui est juste une ellipse pour : « Ben oui, Paris, comme s’il en existait d’autres dignes de ce nom ? Tu crois pas non plus que j’ai fait une licence en Sciences Politiques à la Sorbonne par dessus le marché ? Tu me prends pour qui, Rachida Dati? »

(ellipse qu’on se retient de développer, au risque de se prendre des coups de bâtons) (à raison, vous allez me dire ? Je vous laisse juge.)

Bref, on part carrément avec une épine dans le pied dans la vie sociale.

Mais en plus de ça, quand on a fait Sciences Po, on est confronté à un réel problème quand, loin de la rue Saint Guillaume, on se rend compte que la clope devant la bibli ou le café-cookie-décongelé de la cafétéria ne sont pas suffisants pour maintenir des amitiés au fil des années. On doit se faire de nouveaux amis, ce qui n’est pas chose facile, et ce pour une raison simple.

A Sciences Po, on a lu Bourdieu,  donc on n’a envie d’interagir qu’avec d’autres gens qui ont lu Bourdieu, mais en même temps on n’a pas envie d’incarner les théories de Bourdieu (à savoir, n’être ami / amant / papa-maman qu’avec des gens qui sont de potentiels lecteurs de sociologie –  en résumé) du coup – dilemme existentiel – on se doit d’aller se faire des amis parmi ceux qui pensent qu’on parle plutôt de Bourg-Dieu, patelin de l’Indre et Loire.

Dans un effort tout empreint d’humanité, on fera donc de nombreuses fois un pas vers l’autre, collègue de bureau mais pas du même étage, ami d’amie d’ami croisé à côté du bol de punch, mec random rencontré à un « apéro networking ».

A l’exception de quelques couacs éventuels listés ci-dessous, on peut tout à fait s’entendre à merveille avec ces rencontres fortuites, vivre des moments d’épiphanie, voire, si on est chanceux, se dire qu’on a été frappé par un coup de foudre amical.

COUAC EVENTUEL #1

Lui / elle :

Vous :

COUAC EVENTUEL #2

Vous :

Lui / elle :

Mais, de nos jours – ou plutôt, comme risquent de dire ceux vers qui vous avez tendu le bras, dans un effort empreint d’humanité : « Au jour d’aujourd’hui » – il arrive fréquemment que les amitiés se prolongent à l’écrit : SMS, Facebook, Twitter, Snapchat. On ne se parle plus, on chat, on textote, on e-épistole, et bizarrement, le résultat ne ressemble pas vraiment à la Princesse de Clèves.

Parfois, après toute une soirée passée à refaire le monde, rire aux éclats, trinquer, se confier parfois, on s’ajoute comme « Ami » – vous percevez l’importance du terme, n’est-ce pas ? – on reçoit une notification, on ouvre tout excité son téléphone pour lire le message tant attendu. Et là, le verdict tombe comme un couperet :

Capture d’écran 2014-04-23 à 11.40.03

 

Et ça ne s’arrête pas là. Accords désaccordés, écriture phonétique, grammaire conceptuelle, vous n’êtes pas à l’abri. 

 

ALORS, QUE FAIRE ?

Dans la mesure où je ne suis pas une dinde superficielle, perso, je ne m’arrête pas à ça. Comme si le talent pour l’orthographe préjugeait de l’empathie, de la gentillesse, de l’humour, de la loyauté ou du courage ? Bousculés par la vie, les faiseurs de fautes d’orthographe sont-ils responsables de leur méfaits sur la langue française ? Non, on peut, on doit les qualifier d’irresponsables, ne les enfermez pas messieurs les juges !

Je me dois donc de vous recommander de prendre en compte des facteurs fondamentaux de la création du lien social, de la construction de la confiance mutuelle et de l’épanouissement personnel. Avant de rompre définitivement tout contact avec cette personne que la vie a malheureusement frappée d’illettrisme, demandez-vous :

– cette personne est-elle propriétaire d’une piscine chauffée à moins d’1h30 de votre logement ?

– cette personne peut-elle vous permettre de caser les phrases : « Mon ami(e) artiste », « Mon ami(e) photographe » ou « Mon ami(e) mannequin » dans une conversation mondaine ?

– cette personne cumule-t-elle les critères de richesse et de générosité ?

– cette personne cumule-t-elle les critères de choix vestimentaires réussis et de mensurations similaires aux vôtres ?

Si votre nouvel(le) ami(e) possède au moins deux des qualités précitées (une, si période de disette sociale), faites donc fi des fautes d’orthographe.

DE RIEN

[Tweet « Faut-il être ami avec des gens qui font des fautes d’orthographe ? #QuestionExistentielle »]

[mc4wp_form]