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Être ou ne pas être fait pour la vie dans un van

La vie dans un van – et par « la vie » j’entends « plus de 48h » – a fait rêver plus d’un citadin aux fesses quotidiennement coincées entre un strapontin de métro et le coude d’un touriste rougeaud.

Assez caractéristique de la période 24-27 ans – à savoir, un permis de conduire bien solide, un budget modeste pour ne pas être tenté par les hôtels de luxe mais permettant tout de même de faire le plein d’essence, et quelques semaines de temps libre, de type fin d’étude ou première transition professionnelle – les “road trips” font légion dans les projets de vacances de l’environnant trentenaire en recherche d’aventure et de dépaysement.

Car le bitume du road trip n’est pas celui du boulevard périphérique : par le simple fait d’être loin, il en devient plus doux sous les roues, on ne le voit plus gris mais bariolé de couleurs exotiques, reflétant les paysages aux changements incessants. Car les toilettes du camping ne sont pas celles du 3ème étage, bâtiment B : par le simple fait de constater l’absence de papier, on se rappelle à l’affirmation de notre libre-arbitre, à la victoire de l’homme sur l’asservissement salarial. Car la préparation des trajets d’un road trip n’est pas celle d’un itinéraire RATP : par le simple fait de consulter un GPS, voire, ô moment d’épiphanie, une carte Michelin en authentique papier, on se sent Christophe Colomb moderne, explorateur de l’éternel.

On comprends pourquoi, entre déclarations d’impôts et réunions du lundi matin, les jeunes urbains aspirent au road trip. Et moi la première. Mais sommes-nous tous prêts à troquer notre pass Navigo pour un véhicule qui nous sert aussi de maison ?

Etude de cas : moi

Dans la construction de ma vie j’ai toujours été animée simultanément par le souhait de me fondre dans la masse et celui de m’en démarquer fièrement. De faire tout ce qui est à la mode, mais d’ajouter ma touche d’originalité. De faire partie et de faire bande à part.

D’aucuns diraient que j’ai sans doute un terrain tout à fait propice à la cyclothymie une tendance à l’esprit de contradiction, mais voilà, je suis comme ça. Relou. Complexe.

C’est pourquoi j’ai décidé de faire un road trip dans un van.

MAIS si je m’étais contentée de faire un road trip dans un van en Australie ou en Californie, comme tout le monde, ça n’aurait correspondu qu’à 50% de ma personnalité. La partie mouton de panurge.

Moi, j’ai décidé d’aller (attention jeu de mots) me la rouler douce non pas au soleil tropical ou (attention deuxième jeu de mots) sur les roues de Jack Kerouac, mais d’aller planter mon duvet en ISLANDE.

 

Pour ceux qui auraient un peu dormi pendant les cours de géographie au lycée, la différence entre l’Australie et l’Islande au mois de Mai, c’est environ 22°C de température et 75 km/h de vent.

Quelle idée saugrenue d’aller dormir dehors en Islande hors saison, me direz vous ? La réponse officielle c’est “pour les paysages, banane”. La réponse officieuse c’est que, sous mes airs de dinde superficielle tout à fait sympathique, je suis en réalité une vilaine misanthrope qui préfère se peler les fesses plutôt que se mêler à la populasse touristique en juillet. Chacun ses priorités.

Et grâce à cette expérience unique, au coeur des extrêmes de la vie nomade, je suis aujourd’hui en mesure de vous fournir cette check-list clé en mains, afin de déterminer si vous aussi vous êtes fait (ou pas !) à la vie en van.

Pour être van-compatible, il vous faudra:

1. Un van

Un basique à ne pas oublier ! En Islande, les compagnies de location, qui semblent en réalité être différentes marques d’un même monopole, proposent toute l’année (oui, toute l’année, même quand il fait, genre, – 15 °) des “camper vans” à louer pour la modique somme de 2 millions de dollars (c’est l’effet que ça m’a fait).

Ne vous laissez pas avoir par la publicité mensongère : les “camper vans” islandais ne sont rien d’autre que des RENAULT KANGOO. Oui.

Notre Kangoo, tout ingénieux d’ergonomie soit-il, ne méritait clairement pas le statut de van. On a eu beau lui attribuer le doux nom de “Lovemobile”, pour lui donner un petit côté 1. Batman et 2. romantique (sans réaliser que “lovemobile” pouvait tout à fait aussi évoquer la prostitution ambulante), appeler l’interstice entre réchaud à gaz et porte arrière notre “étagère de la chambre” et même allumer des bougies (enfin, une bougie), ça restait un Renault Kangoo.

Alors quitte à mettre 2 millions de dollars, moi je dis, mettez-en 4 et prenez donc un camping-car. Voire, OSEZ le mobilhome.

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2. Un permis de conduire

Cela peut paraître évident, mais il vaut clairement mieux avoir un permis de conduire pour faire un road trip. Par exemple, moi, je n’en possède pas. C’est donc mon mec qui s’est tapé 2000 bornes en 6 jours. En même temps, c’était son cadeau d’anniversaire (à moi). Lui ai-je soufflé l’idée ? Oui. Aurait-il pu l’ignorer ? Clairement, non. Ceci explique cela.

A défaut d’avoir le permis, vous avez donc aussi l’option d’être autoritaire.

 

3. Le sens de l’orientation

Si vous faites, comme moi, le pari fou d’effectuer votre premier road trip en Islande, a priori, l’orientation ne devrait pas trop vous poser de problème dans la mesure où l’Islande est une île de type circulaire dont la côte est longée par une route principale unique (appelée “Road 1”, vous pouvez pas la rater).

Est-ce à dire qu’on ne s’est pas perdu une seule fois ? Non, bien sûr. J’étais co-pilote et nous nous sommes perdus, n’y voyez aucune relation de causalité. Je reste intimement persuadée qu’à un certain niveau subconscient, nous avons fait exprès de nous perdre afin de vivre pleinement l’expérience road trip.

4. Un esprit de symbiose avec la nature

Oui, en situation de camping sauvage, il est possible de se faire réveiller par une horde de chevaux vikings qui assaillent votre van (enfin, votre Kangoo). Ces choses arrivent. Mieux vaut vous entraîner à leur murmurer à l’oreille. A toute fins utiles, voici quelques éléments de vocabulaire islandais:

“nokkuð rump” (“jolie croupe”)

“láta rearview spegil minn” (“laisse mon rétroviseur”)

“óvinur langskip!” (“un drakkar ennemi!”) (ça c’est pour faire diversion).

Et sinon, voyez le côté positif des choses, si vous êtes coincés dans votre Kangoo pour cause d’attaque de chevaux vikings, ça vous enlèvera toute envie d’aller faire pipi dehors.

5. De la résistance aux éléments

Revenons à mes contradictions psychologiques. Comme je vous le disais, je m’étais dit, jusqu’au dernier moment, jusqu’à l’arrivée même à Reykiavik, que j’étais le genre de personne à supporter un road trip en van en Islande (alors que je ne possède pas de vêtement de type “polaire”, question de principe). J’aurais du pourtant avoir la puce à l’oreille quand le loueur de Kangoo nous a fait prendre une assurance anti-arrachage de porte en cas de météo hasardeuse.

Le retour à la réalité n’en a été que plus dur lorsque, bercée d’illusions, au doux rythme des rafales de vent glacé contre les portières, le front à même la tôle, sans avoir la force de sortir le bras du duvet pour tirer la couverture à séchage rapide qui nous faisait office de rideaux, je me répétais :

“Pourquoi suis-je donc à la recherche perpétuelle de la preuve que je suis une badass ?”

C’est probablement la faute de la société. Si c’est aussi votre cas, référez-en à la société.

6. Une pilosité avantageuse

J’ai passé de nombreuses heures à anticiper l’impact de devoir faire pipi dehors pendant une semaine sur la stabilité de mon couple. En oubliant, bêtement, que le principal reste quand même de ne pas ressembler à un grizzli. Car une femme qui fait pipi dehors, passe encore, mais un grizzli qui fait pipi dehors, c’est la fin de toute vie sexuelle assurée.

7. Des yeux

Parce que l’Islande c’est avant tout des volcans majestueux, des cascades gigantesques, des curiosités cachées, des geysers turquoises, des sources d’eau chaude à chaque coin de route, des randonnées sublimes, des baleines, des rennes et des macareux, des sommets enneigés, des champs de lave désolés, des fjords profonds, bref, ça vaut pas mal le coup de faire pipi dehors, si vous voulez mon avis.

On pourra pas dire que je vous avais pas prévenus.

DE RIEN !

 


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