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Ecrire un (deuxième) roman

Il y a un peu plus de deux ans, je publiais ici même sur ce blog le billet « Ecrire un roman« , depuis un hôtel de connasse riche à Phnom Penh. Ensuite j’ai publié « Ecrire un roman, suite et fin« , histoire de montrer que j’avais bien effectivement écrit un roman, et non simplement laissé le blog à l’abandon pour chiller au tiers-monde (et aussi pour montrer éhontément mon décolleté, car je pense sincèrement que c’est ça qui fait vendre).

Dans les deux cas, je me désignais moi-même en tant qu’écrivain. D’abord écrivain en devenir, ensuite écrivain en galère, et puis ENFIN écrivain publiée.  Ce qui, pour moi, était rendondant : on devient réellement écrivain une fois qu’on est publiée – ça tombait sous le sens.

Quelle illusion.

J’ai vite compris que se faire éditer son premier roman correspond environ à « regarder les étoiles » quand on veut devenir astronaute. Ce n’est que le (tout) début des emmerdes. Pour être tout à fait hônnete, je sais pas vraiment à quoi ça correspond « être écrivain », mais par sécurité, je me suis efforcée de checker pas mal d’éléments dans une liste qui me paraissait pertinente :

  • j’ai écrit un roman donc, et je l’ai fait publier sans même donner d’argent / de faveurs sexuelles / d’organes à mon éditeur,
  • j’ai fait une grande fête et j’ai reçu un bouquet de fleurs,
  • j’ai été comparée à Bridget Jones et Alex Garland par Frédéric Beigbeder dans le Figaro Magazine,
  • j’ai participé à des grand-messes de la littérature comme le Salon du Livre,
  • je suis passée dans le poste de télévision (sur France 2) (chez Taddei),
  • j’ai trouvé environ 832 jeux de mots / anecdotes / pirouettes sympas à griffoner en dédicace,
  • j’ai reçu des recommandations sur Linkedin pour ma compétence « Auteur publié »,
  • j’ai envoyé un exemplaire à mon prof de français du lycée, et il m’a répondu

achievements

Malgré tous ces efforts pour gagner la reconnaissance de mes pairs, et dégager autour de moi une aura de légitimité d’auteure, quand je dis à quelqu’un que j’ai écrit un roman, la réaction #1 reste :

« Ah bon ?? Mais genre, publié et tout ? » (j’ai mis les points d’interrogation en gras pour que vous deviniez l’air d’effarement interrogateur, voire suspicieux, que je me paye à chaque fois)

– Oui

– par un éditeur ?

– Oui, oui.

– et il est genre, dans des librairies ?

– OUI BORDEL »

Comme si j’allais m’amuser à publier mon propre livre sur Amazon. Sachez bien une chose, les sceptiques, quand on est fille de prof de lettres, on ne publie pas un roman auto-édité. On a grandi, corps et âme, dans l’idée que les maisons d’éditions sont des temples dans lesquels il faut vouer un culte infini à la divinité Lettres sous peine de finir au purgatoire des analphabètes, et où seul compte l’avis des véritables critiques littéraires qui écrivent dans des journaux en authentique papier et fument des roulées.

Non, tout ça n’a pas suffi, et en réalité, je l’ai su dès le jour de la sortie de mon bouquin. « Ah, ton premier roman sort aujourd’hui ? C’est bien. Mais c’est à partir du 2ème qu’on peut se considérer écrivain » m’a-t-on dit (je ne sais plus qui exactement, mais comme je suis très influençable, je l’ai pris pour parole d’évangile).

Et bien, puisque c’est comme ça, Monsieur-dont-je-ne-me-rappelle-plus-le-nom, 

Ok, je vais écrire un deuxième roman

 

Je vous écris donc aujourd’hui depuis la belle ville de San Francisco où je me plais pas mal dans un appartement de riche (comme tous les appartements ici, car les pauvres dorment tout simplement dans la rue, sur un doux lit de crack et de seringues), même si je n’ai pas de meubles.

Je compte bien sur l’esprit d’Armistead Maupin – le génie, auteur des Chroniques de San Francisco – pour m’inspirer et m’accompagner dans mon entreprise. D’ailleurs je suis déjà allée me recueillir sur la mythique Barbary Lane :

View from #barbarylane – #maupinfan #view

Une photo publiée par Rachel Vanier (@vanierrachel) le

 

Je suis bien équipée de mon kit de survie d’écriture, je vis plein d’aventures comme aller au musée la nuit, visiter Stanford, ou faire des balades en Porsche (c’est très important pour l’inspiration, faire des balades en Porsche). J’avance pas trop mal, dans la mesure où j’ai remarqué qu’écrire un deuxième roman consistait majoritairement en se concentrer pour éviter la crise d’angoisse (et il m’en est à peine arrivé 14 3 ou 4 depuis que je suis arrivée).

Il ne me reste qu’à élucider quelques questions d’usage, telles que « comment parvenir à faire mieux que le premier ? », « comment se renouveler dans son style tout en y restant fidèle ? », « comment affirmer une plus grand maturité littéraire ? », « dois-je écouter les lecteurs ou les critiques pour m’améliorer ? », « ne devrais-je pas opter pour une narration du point de vue externe, voire omniscient ? » : la base, rien d’insurmontable.

Je ne voudrais pas que vous croyiez que je n’ai rien appris de la première expérience; non, au contraire, j’ai l’énorme avantage de pouvoir dès aujourd’hui ajouter les futurs points sur la checklist du parfait petit écrivain. Voici donc ce qu’il me reste à faire :

  • écrire et publier mon second roman
  • accepter d’appeler ce que je fais de la « littérature » (pour l’instant je préfère dire « pardon excusez moi c’est juste des trucs écrits sur du papier, faites pas attention »)
  • gagner des millions et enfin arrêter de travailler pour me consacrer à l’écriture (pour l’instant je préfère mon CDI pour éviter la crise cardiaque à ma maman)

E.A.S.Y

Si vous êtes trop impatients, sachez que le premier sort très vite en ebook. Je vous enverrai un petit mail pour vous tenir au courant si vous voulez:

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