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Le problème avec « Ma petite demoiselle »

Je voudrais régler une bonne fois pour toute le sort de cette expression : « Ma petite demoiselle ». Il n’existe pas de réalité dans laquelle cette phrase n’est pas dévalorisante pour les femmes (à moins qu’elle s’adresse à une fillette de 8 ans, bien sûr. Je suis pas si extremiste.) 

Un homme qui s’adresse à vous, femme adulte et responsable, en vous appelant « Ma petite demoiselle », est tout bonnement macho. Même s’il le fait avec le sourire. Même s’il précise à qui veut l’entendre qu’il n’est surtout pas macho, non non, d’ailleurs il travaille avec plein de femmes.

Le vrai problème avec la phrase « ma petite demoiselle », c’est qu’elle parait anodine.

Par conséquent, on la laisse couler. On l’entend, on la relève, on sent qu’elle nous hérisse le poil, on grince des dents, et puis on a la flemme.

« Ma petite demoiselle » est la parfaite cristallisation de la misogynie « gentille ». Les gentils misogynes, c’est comme les gentils racistes, ils sont graves mais ils sont discrets.  Les gentils racistes, ils n’aiment pas vraiment les noirs, mais ils vont pas non plus aux réunions du Ku Klux Klan. Les gentils misogynes, ils considèrent les femmes comme inférieures, mais ils baladent pas non plus leurs épouses par les cheveux, une massue à la main.

Le plus agaçant avec les gentils misogynes, c’est qu’en plus d’être misogynes (ce qui, genre, craint un max), ils prennent un malin plaisir à nous faire passer pour des hystériques si on a le malheur de révéler leur vraie nature. Vu qu’ils cachent leur misogynie derrière des phrases d’apparence anodine, du genre « ma petite demoiselle » ou « comme tu es si jolie, c’est toi qui devrait aller en rendez-vous commercial ».

Ils utilisent en général plusieurs types d’argumentaires afin d’étayer leurs propos machos, qui ont pour conséquence aucunement d’élever le débat ou de justifier leurs choix de vocabulaire, mais de nous faire tourner en bourrique jusqu’à ce qu’on lâche l’affaire, parce qu’on a mieux à faire.

Mais voilà, c’est dimanche soir, je suis seule au bout de la planète, j’ai rien d’autre à foutre que de décortiquer une bonne fois pour toute les argumentaires auxquels on se verra immanquablement confrontées, nous les femmes – j’espère que, à défaut de vous donner des armes pour rétorquer, du courage pour affronter, ça vous fera bien rigoler.

#1 L’argument anti-méchant

Le macho: « Quoi ? T’es pas contente parce que je t’ai appelée « Ma petite demoiselle ? » Mais c’est pas méchant ! »

En fait CONNARD le problème n’est pas que c’est méchant, c’est que c’est misogyne. Ca commence par la même lettre, ça sonne un peu pareil, mais c’est différent. Les deux sont des comportements de l’ordre du « pas cool », mais il y en a un dont seules les femmes ont la douce jouissance. Voici un petit guide pratique pour faire la différence :

Si tu me piques mon café dans la cuisine, c’est méchant.

Si tu trouves légitime que je t’apporte ton café alors que je suis Directrice Marketing, c’est macho.

 

Si tu fais une queue de poisson à une voiture, c’est méchant

Si tu te plains des femmes au volant, c’est macho

 

#2 L’argument rationnel

Le macho : « Quoi ? Il n’y a aucun élément de machisme dans « Ma-petite-demoiselle », mais dis moi, quel est le mot qui te dérange ? »

Faisons donc l’exercice de décortiquage afin d’expliciter clairement le problème avec la phrase « Ma petite demoiselle » du point de vue linguistique. Comme souvent dans ce beau système qu’est le langage, le sens véhiculé par une phrase ne vient pas tellement d’un mot mais de l’assemblage de plusieurs.

Voici une anatomie de la phrase « Ma petite demoiselle ».

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Nous avons déterminé les catégories dans lesquelles appartiennent les différents mots de cette phrase. Jusqu’ici, tout semble tout à fait anodin. Pour l’attribut possessif, pourquoi pas. Après tout, on parle de « mon boss », ou « mon dieu ». Les deux autres, pris individuellement, ne sont pas bien méchants non plus, tolérables à tout le moins. Personnellement, quand j’entends « Ma petite demoiselle » alors que je fais 1m80, je me demande si mon interlocuteur n’a pas besoin d’un petit bilan ophtalmique, mais passons.

Afin de comprendre pourquoi cette association de mots n’est pas anodine, essayons donc de réutiliser cette ensemble catégoriel pour s’adresser en retour à notre conversationiste. Cher gros macho, comment le prendrais-tu si je t’appellais comme ça ?

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ou comme ça ?3

 

Je rebondis sur l’argument #1: si j’en venais à m’adresser à un interlocuteur macho de cette manière, on pourrait légitimement se dire que je suis méchante.

#3 L’argument ignorant

Le macho : « Quoi ? Moi, macho ? Je tombe des nues »

Ce genre de réaction me rappelle quand j’apprenais mes tables de multiplications, à l’école primaire, et que je bloquais – allez savoir pourquoi – sur 6 x 7. Pour gagner du temps, je demandais à mes parents : « Ah pardon, j’ai pas bien entendu, 6 fois combien tu disais ? Ah 7, d’accord, je pensais 5 ! Et je me disais, c’est idiot, on vient de le faire, ha-ha, je disais donc, hum, où en étions-nous ? »

Mes parents étaient-ils dupes ? Je ne crois pas. Les femmes le sont-elles ? Je ne crois pas non plus, mon petit macho.

Mon seul conseil serait, attention, cher macho qui s’ignore, à force de jouer au con, on le devient.

 

 

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