3 mois san francisco

3 mois et 10 trucs merdiques à San Francisco

Les plus fidèles d’entre vous auront capté que ce billet fait suite aux deux premiers d’une série (il s’agit donc du troisième, cf le titre qui commence par « 3 ») qui commençait pourtant sur les chapeaux de roues par « 1 mois et 10 trucs cools à San Francisco » rapidement suivi de « 2 mois et 10 autres trucs cools à San Francisco » (enfin, « rapidement »… un mois plus tard, quoi) (logique).

Mais sachez que tout cet enthousiasme et cette positive-attitude n’étaient qu’un leurre, et que la geignarde en moi a vite fait de reprendre le dessus. Par ailleurs, j’aurais été bien en peine de trouver 10 activités effectuées lors de mon dernier mois à San Francisco car (attention phrase de connasse imminente)…

…j’ai passé le plus clair de mon temps à Hawaï.

Voici donc les 10 trucs les plus merdiques de cette ville, en espérant qu’ils rattraperont toutes les photos énervantes de plages que j’ai pu poster partout sur l’interweb.

#1 Tout le monde dit qu’on y mange bien mais c’est faux

J’ignore totalement d’où vient cette légende urbaine – on « mange bien à San Francisco ». San Francisco se situe en Californie, au pays des Etats-Unis; par voie de conséquence, et malgré les efforts dudit pays pour mondialiser à l’extrême les échanges commerciaux et culturels, c’est toujours aussi difficile de manger quoi que se soit de tolérable pour le palais.

Il existe bien quelques bons restaurants de cuisine mexicaine ou japonaise (à ce sujet, je vois pas pourquoi on féliciterait les San Franciscains de leur existence plutôt que… les mexicains et les japonais) mais il existe d’abord et avant tout du chocolat au bacon dans le magasins de bouffe de luxe type « Le Bon marché ».

Si on dispose d’énormément d’argent à dépenser, il est vrai qu’on a une petite chance d’accéder à une nourriture décente (à la Alexander House, par exemple, que je mentionne dans mon premier opus « 10 trucs« ). Mais quand on a énormément d’argent à dépenser, on n’a pas vraiment de problème d’accès à la bonne bouffe, elle arrive pas magie dans notre assiette en volant sur des plateaux d’argent (enfin je crois) (je n’ai jamais eu énormément d’argent), et ce qu’on soit à San Francisco ou dans le Wisconsin.

Par ailleurs, si on dispose d’énormément d’argent à San Francisco, il y a des chances qu’on veuille l’investir dans des considérations autrement plus prioritaires que son palais, comme avoir un toit au dessus de sa tête, par exemple, ce qui exclut toute autre forme de dépenses étant donné le coût de la vie ambiant, cf mon point #2, ci-dessous.

#2 Absolument tout coûte un million de dollars

Si seulement il ne s’agissait que des loyers – autour de 2000$ par mois pour une chambre dans un appartement, soit un coût très exactement multiplié par 3 par rapport à mon loyer parisien, en ce qui me concerne – mais les mecs qui ont décidé d’entuber les habitants en leur faisant payer des sommes exorbitantes sont pas cons, ils se sont pas arrêtés en si bon chemin.

En comptant les taxes et les pourboires, il n’existe pas de café à moins de 5 $, pas de cocktails à moins de 16 $ et pas de vulgaire livraison de pizza à moins de 25 $.

Après, on en vient à se féliciter d’une course en Uber qui n’a coûté « que » 8 $ – ce qui implique que, aller-retour, resto et apéro compris, on a à peine passé une petite soirée à 100 balles. Un mardi.

#3 Ca sent mauvais

Les rues de San Francisco sentent perpétuellement

  1. le pipi
  2. le cannabis

A quoi j’ajoute, mais c’est plutôt propre à mon voisinage, ô combien chaleureux et accueillant :

3. le crack.

Je peux concevoir qu’il y ait débat sur l’amalgame « cannabis » // « ça pue ». Il existe des hippies parmi mes lecteurs/trices qui contesteront ce choix et je les respecte. Mais moi qui aime vivre la fenêtre ouverte, et alors que je vis au DOUZIEME étage, j’ai l’impression que ma chambre à coucher, c’est le yellow submarine des Beatles.

 #4 Les t-shirts d’entreprise sont considérés comme de vrais vêtements

Je me rappelle qu’au collège dans le Nord Pas de Calais on aimait bien avoir un logo Lacoste ou Adidas sur son t-shirt; ici c’est Twitter ou Salesforce. Y’a 15 ans, ça passait encore : on était jeunes et on était dans le Nord Pas de Calais. Mais entre adultes responsables et dans une métropole cosmopolite, moi je dis non.

Je crois que j’ai saisi l’origine du phénomène : San Francisco est une ville qui vit dans un état permanent de salon professionnel. Qu’on soit développeur, marketeur ou designer, dans le centre-ville ou dans un bar, à toute heure du jour ou de la nuit, il y a forcément un salon professionnel dans un rayon de 500m. Et on connait tous notre activité favorite en salon professionnel : aller collectionner les goodies.

Si un jour je devais investir quelques millions dans une boîte à San Francisco (hormis dans mon loyer ou mon café, donc), je choisirais sans aucun doute l’industrie du t-shirt customisé. Rien qu’en me déplaçant dans la rue, sans rien demander, je reçois des t-shirt customisés, de toutes les couleurs, et pour des boîtes dont je n’ai jamais entendu parler.

Face à toute cette abondance, je peux comprendre qu’on cède à l’envie d’utiliser ces t-shirts marketing à des fins vestimentaires, mais c’est une erreur. Amis San Franciscains, il n’existe qu’un seul usage du t-shirt d’entreprise : le rouler en boule et le balancer au fond de son placard jusqu’à son prochain déménagement !

#5 La fête finit à 20h30

Je sais ce que vous allez me dire : oh elle exagère, chez elle « 19h30 », ça veut dire 1h30 du mat’. Faux. Dans mon précédent article, je vous parlais du set de DJ berlinois sur un rooftop au coucher du soleil. Et bien sachez qu’ici le coucher du soleil c’est à 18h30, grand max. Je vous laisse faire le calcul.

#6 Il n’y a pas de filles

Je ne vous parle pas de la recherche de filles à fin de relations sexuelles, que je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’expérimenter malgré ma présence dans la capitale Gay du monde, car j’ai tout ce qu’il me faut à la maison (merci de vous en préoccuper),  mais simplement de se faire des copines, pour les gens comme moi, qui sont des « filles à filles ».

Moi j’aime bien l’entourage des filles dans ma vie au quotidien, car les filles ça sent bon et on peut faire des trucs de filles comme commenter la Critique de la Raison Pure et boire du whisky. A San Francisco, y’a énormément de garçons, et ils s’intéressent pas trop à moi car je ne suis pas en recherche de relation sexuelle.

Je me sens un peu seule.

#7 Il faut toujours avoir 3 pulls avec soi

En l’espace d’une heure, on peut passer de 15°/brumeux à 35°/canicule.

Décide-toi, San Francisco.

#8 Se déplacer est un challenge

Prenons pour exemple un cas extrêmement simple : je voudrais aller au parc.

  • Option 1 : la voiture

problème : pour ça, il faut 1 million de dollar, encore une fois.

et aussi, le permis de conduire – oups.

  • Option 2 : les transports en commun

problème : il n’y a qu’une station tous les 8km et les horaires de passage respectent le même rationnel que la météo – oups.

  • Option 3 : le vélo

problème : il y a 800m de dénivelé entre chez moi et le parc – oups.

  • Option 4 : Uber / Lyft

problème : y’a pas de problème, ce n’est « QUE » 8 dollars pour chaque trajet. J’ai justement un million de dollars en trop pour ma vie quotidienne.

  • Option 5 : rester chez soi

dans son charmant appartement et ses douces effluves de cannabis (après tout, c’est ce qui se rapproche le plus de la verdure).

#9 Il faut faire la queue tout le temps

Malgré la désertion des lieux de vie vers 19h30 par les autochtones, les restaurants et bars trouvent toujours le moyen d’être suffisamment pleins pour qu’on doive y faire la queue. Systématiquement. Je n’aime pas trop ça, moi, faire la queue (cf mon article dédié : Réquisitoire contre les queues) (ma plus belle performance littéraire, si vous voulez mon avis).

En résumé : il faut attendre 30 min à chaque fois qu’on veut dîner quelque part, dans l’hypothèse où on aurait réussi à s’y rendre, pour un niveau de satisfaction gastronomique assez moyen, le tout pour un million de dollar.

#10 Les pauvres sont laissés à l’abandon

La toute première vision qui m’a frappée en arrivant à San Francisco, en posant le pied à l’extérieur de mon taxi, ce sont les fantômes. Des sans-abris non pas à tous les coins de rue, mais tous les 2 mètres, allongés à même le sol, errant ou hurlant ou les deux, la pipe à crack qui sort de la poche. Ils font partie des murs, ou plutôt des trottoirs, et on doit les éviter comme on contournerait une bouche à incendie. Ils ne mendient pas vraiment, comme s’ils savaient que les lendemains ne leur apporteront de toutes façons aucune perspective, que leur survie ne comptait plus, puisqu’ils sont maintenant des fantômes de San Francisco. Ils restent là, se fondent dans le bitume, s’agglutinent le soir pour laisser passer les camions d’entretien de la voirie.

Mais que fait la police ? Difficile à dire, d’après mes recherches, ou plutôt celles des journalistes dont j’ai lu les articles, soit un peu trop mais de manière inefficace, soit pas assez, de manière laxiste. Les médias les plus libéraux mettront en exergue les actions ultra-répressives de la police locale, inefficace puisqu’il ne s’agit pas de réprimer la mendicité mais plutôt de trouver une solution à la source du problème : l’accès au logement, la lutte contre le trafic de drogues, et la prise en charge des personnes atteintes de troubles psychiatriques. Les médias les plus conservateurs, eux, accuseront le libéralisme post-woodstock du département de police la ville qui, ajouté au climat des plus cléments, font de San Francisco la capitale « homeless » des Etats-Unis. On entend aussi des rumeurs selon lesquelles les autres Etats enverraient leurs malades mentaux en Californie par bus entiers, mais j’ai un peu de mal à y croire.

Répression ou pas – et je parle ici des actes incriminables comme le trafic ou les troubles à l’ordre public, qui sont, ô surprise, plus fréquents chez les SDF schizophrènes et addicts au crack que chez les gens qui vivent dans des chambres à 2000$; être sans-abri ne constitue pas encore, dieu merci, un délit – une chose est sûre, les politiques locaux ne semblent pas vouloir réellement se saisir des sujets de fond. L’accès à un accompagnement médical restera donc l’apanage des privilégiés, et celui à un logement abordable, pourtant au coeur de la ré-election du Maire la semaine dernière, un doux rêve.

Laissez-moi vous dire que 3 mois ne suffisent pas à s’habituer à ce spectacle désolant (et probablement que 3 ans non plus).

 

Sur ce, je rentre à Paris, à jeudi !


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