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[PODCAST RADIO NOVA] Noël, la dinde avoue tout

Radio Nova m’a fait l’immense honneur de lire ce texte  hier soir à l’antenne. Pensez à moi en dégustant vos dindes de Noël ! Podcast dispo sur iTunes ici (et sur le site de Nova).

 


 

Etre une dinde à Noël est loin d’être un cadeau.

Pourtant tout porte à croire le contraire. On est bien au chaud, à Noël, on nous complimente sur notre teint doré, on est en plein coeur d’une orgie bienveillante, arrosée de bon vin. On mijote devant la cheminée, on se fait choyer.

Mais la réalité est toute autre. On se farcit les oncles bedonnant aux mains baladeuses et les vieilles tantes au régime qui critiquent nos cuisses dodues. Sans vergogne, on est mises sur le grill : on nous accuse d’être trop sèches, trop grasses, de glousser trop fort ou de faire des potins de basse-cour. Et si on espère une trève de Noël, on se fourre le doigt dans l’oeil.

On est perpétuellement réduites à notre statut de pondeuses, domestiquées et domestiques, peu importe nos efforts passés à bûcher.

Sans vouloir en faire tout un plat, c’est à en perdre la foi. Grâce ! Les dindes sont dénigrées à toutes les sauces !  “Quelle dinde tu fais”, “C’est un vrai poulailler ici”. Sans même être des mâles, on devient les dindons de la farce.

Vous vous laisseriez, vous, être affichée, toute déplumée, comme objet de désir et d’asservissement ? Etre enfournée sans autre forme de procès, parfois contre votre volonté, par des porcs ? Rendez-vous compte, dans nos provinces françaises, les dindes sont protégées, mais ailleurs, elles sont massacrées, vendues sur des marchés comme de la vulgaire volaille, la dignité calcinée.

Pas de quoi festoyer. Jésus, le Père Noël et les rois mages fiers comme des coqs, empêchent la dinde de sortir de son nid. Fatiguée de se laisser bouffer, la dinde se remplit d’amertume.

Noël, c’est ma journée, alors je l’avoue : je me suis laissée conditionner. Je me suis laissée gaver d’idées traditionnelles : “Ton rôle est de te reproduire”, “Ta place est dans la cuisine”, “Tu es bien appétissante”. J’ai dégusté, en laissant mon corps se faire dépecer par petits morceaux.

Alors cette année, à Noël, c’est cuit, je tire les marrons du feu : je m’enfuis de ma cage à poules. C’en est fini d’être une oie blanche – et je ne me laisserai pas transpercer par les lames des critiques. Je me prendrai le bec avec tous ceux qui osent encore me traiter de poupoule, j’enguirlanderai ceux qui se permettent de me tâter les cuisses, je ferai mentir ceux qui affirment que les dindes prendront leur envol quand les poules auront des dents.
Gare au renard qui s’aventurera dans le poulailler : elle est venue, la fin du règne de la saucisse. Et je ne ferai pas la poule mouillée, je n’ai pas peur de me brûler les ailes. Le voilà, mon festin de Noël : savourer le goût de la liberté, me régaler d’émancipation, me délecter d’indépendance.

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