là par exemple, ça va, mais j'ai un filtre violet sur la gueule

Je vous ai pas dit, je suis passée à la télé

Je réalise que dans mon grand projet d’étalage de vie privée sur Internet, j’ai oublié un élément très important : mon passage dans le poste de télévision.

C’était il y a 6 mois. Je m’en suis rappelée parce que je suis une avide lectrice du blog de Titiou Lecoq, sur lequel elle raconte dernièrement son passage chez De Caunes (je vous spoile pas le truc, c’est un bijou – allez donc le lire et puis revenez, svp).

Bon, clairement, je n’en suis pas là, et loin de moi l’idée de vous faire croire que je suis une habituée des plateaux de télévision, mais je tenais quand même à raconter à l’interweb que j’y étais allée UNE fois – et pas des moindres : dans « Ce Soir Où Jamais » sur France 2.

 

Comment faire pour passer dans le poste de télévision ?

Alors moi j’ai opté pour le parcours classique, faire une grande Ecole, vivre à Paris, fréquenter les milieux germanopratins et lécher un MAXIMUM de bottes. C’est une bonne base, mais ça ne suffit pas, comme me l’ont bien fait sentir mes camarades de plateau, qui se sont présentés :

« – Bonjour, Machin, Chercheur en Sociologie

– Bonjour, Truc, Doctorant en Historiographie

– Bonsoir, Bidule, Polytechnicien et Anthropologue »

Moi, j’essayais de prendre un air tout à fait sûr de soi en répondant ‘Ah oui, salut, moi je suis écrivain’. En réalité, très exactement 4h30 plus tôt, quand j’ai reçu le coup de fil me demandant si j’étais intéressée de venir sur le plateau de CSOJ le soir même, j’étais, comme tout le monde, en train de faire du reporting à mon boss sur les metrics d’engagement sur les réseaux sociaux et sur notre stratégie d’amélioration de performance du ROI.

Car je suis peut être un peu écrivain, mais pour mon banquier, ma feuille d’impôts, mon proprio, ma mère, bref pour les éléments normaux de la société, je fais du marketing. Et ça, ça n’intéresse personne à la télévision, et c’est bien normal.

CSOJ2

Bref, j’ai écrit un livre, j’ai eu un petit coup de bol de la vie, et quelqu’un (mon ange gardien ? ma bonne fée ?) m’a proposé de participer à une émission de télé consacrée au Tourisme (puisque mon livre se passe au Cambodge, de facto il y a des touristes dedans).

 

** Petites précisions : **

Y connaissé-je quelque chose, au tourisme ? 

Non.

Etais-je la caution « jeune » et « femme » du plateau, invitée à la dernière minute pour remplacer un désistement ?

Probablement. L’histoire ne nous le dit pas.

Ai-je continué de faire du marketing pour mon Entreprise pendant l’après-midi suivant l’annonce de ma participation au plateau télé ? 

Lol.

Comment se préparer à passer à la télévision ?

Avant de se pencher sur le fond d’un passage TV, concentrons-nous sur le plus important : la forme, soit comment s’habiller ?

tv

Ne connaissant rien au sujet de l’émission, il fallait bien que je trouve un moyen d’avoir l’air intelligent, j’ai donc choisi de porter des vêtements qui suggéreraient un esprit tortueux et créatif mais vif d’analyses critiques (soit : une combi noire, anti-traces de transpiration, pas trop décolletée) (Ca m’a pris 4h de réflexion) (De rien).

Une fois trouvée sa parure de lumière, un petit conseil : il s’agit de se mettre bien avec l’équipe de tournage. J’avais pas mal commencé avec les techniciens, qui ont du me passer le micro sous la combi, impliquant de ma part un festival de boobs en toute impunité.

C’est au moment du maquillage que tout a dérapé : alors que je fermais docilement les yeux pour que la maquilleuse m’applique son eye-liner « naturel mais sophistiqué », au milieu du brouhaha généralisé, Frédéric Taddei, lui-même, a décidé de venir me taper la discute. Mais moi, les yeux fermés, j’ai pas capté. Ce qu’il a interprété comme : un gros vent. Et malgré mes « Ah pardon, vous me parliez ? Quoi ? Hein ? » un crayon dans l’oeil et un stick à lèvres dans l’oreille, il s’en est allé, vexé, sans autre forme de procès.

En résumé : j’ai peut-être eu un coup avec l’ingé son mais je me suis mise mal avec le PRESENTATEUR STAR, 10 min avant le début de l’émission.

Mon niveau de confiance en moi rapport à la légitimité de ma présence était à peu près à -6000, à ce moment de la journée (spoiler alert : ça s’est pas arrangé ensuite).

Que raconter à la télévision ?

Sur le plateau de CSOJ, au début, c’est Taddei qui parle donc il s’agit principalement d’avoir l’air intelligent (mon grand projet de cette soirée, vous l’aurez compris).

J’en profite pour faire une incise, non sans rapport avec le sujet. J’ai un complexe assez étrange : mon menton. Toutes les autres parties du corps traditionnelles aussi, hein, fesses, bide et tout le champ lexical de la cellulite; mais il se trouve que j’ai aussi développé une petite fixette-menton. Par conséquent, j’ai passé le plus clair des 45 min de tournage à me demander où étaient les caméras et comment faire pour ne pas être prise de pleine face par leurs objectifs malins ? Un problème totalement inconnu de ma camarade de plateau femme, qui en plus d’être anthrolopologue brillante, ressemblait à Kate Moss.

(Je me sentais un peu seule, au cas où ça vous aurait échappé).

là par exemple, ça va, mais j'ai un filtre violet sur la gueule
là par exemple, ça va, mais j’ai un filtre violet sur la gueule

Etant donnée ma concentration extrême sur mon menton et les efforts surhumains passés à tenter d’oublier ce moment durant les 6 derniers mois, je ne me rappelle pas exactement ce que j’ai pu raconter pendant les quelques secondes de temps de parole qu’on a bien voulu m’attribuer (ou que j’ai sciemment réclamées) (ivre, à n’en pas douter).

Schématiquement, l’émission consiste en avoir des gens « pour » et des gens « contre » qui s’affrontent (dans une parfaite cordialité, faut-il noter au passage). Or, débattre du « pour ou contre les touristes« , c’est pas facile facile – on a vu enjeu plus polémique. J’avais glané des infos sur le tourisme ça et là, auprès des mes amis intelligents ou travaillant dans le monde des médias, mais mon opinion sur les projets de loi, tout le monde s’en foutait. Rétrospectivement, je pense qu’on attendait de moi que je sois « contre », vu que j’ai été présentée comme une auteure « sarcastique » sur les touristes.

Faut dire que la première phrase de mon bouquin c’est : « J’ai toujours admiré les touristes » (et je fais pas franchement dans le premier degré, de façon générale).

J’ai tout de même réussi à caser 2-3 interventions bien senties sur :

– le tourisme sexuel au Cambodge (c’est mal)

CSOJ4

– les nouvelles technologies, en prononçant la phrase : « Quand on est dépaysé, est-ce qu’on n’est pas repaysé à chaque fois que notre téléphone sonne dans notre poche ? » (moment poésie)

CSOJ3

– les bus remplis de touristes chinois à Paris (mon point étant : les Français sont racistes) (j’ai clairement été visionnaire)

A ce moment de l’émission, mon cerveau était en surchauffe de trop de réflexion-menton, et je me suis mise à déconner sévère sur cette histoire de bus chinois. J’ai bien du les mentionner 4 ou 5 fois. Pourquoi ? Aucune idée.

Et puisque j’ai aujourd’hui l’occasion de m’exprimer publiquement sur le sujet : je ne sais pas pourquoi j’ai fait cette fixation sur les bus chinois. Je n’ai absolument aucune espèce de ressentiment à leur égard. Pardon. 
CSOJ1

Bref, j’aimerais vous dire que l’émission est en replay sur Pluzz, malheureusement je crois qu’Internet n’a pas jugé utile d’archiver ce moment télévisuel – même sur Youtube.

Ok, j’avoue, y’a moyen de me trouver sur Dailymotion (Vive la France !) – soyez indulgents, svp.

Est-ce que le passage à la télévision change ta vie ?

A l’instar de la critique que le Grand Frédéric Beigbeder a faite de mon roman (et pour laquelle je lui suis forever grateful), cf mon précédent article, passer à la télévision n’a pas eu l’ombre d’un impact sur ma vie. 

Malgré la primo-expérience de célébrité-express vécue quelques semaines plus tôt grâce au Figaro Magazine, je croyais encore, naïvement, que des hordes de journalistes allaient se jeter sur moi pour me proposer d’autres plateaux, charmés par ma télégénie et mon regard tout particulier sur la société moderne.

Ceci n’est pas arrivé.

MAIS :

  • Ma côte Amazon a fait un sacré pic.
  • J’ai reçu tout un tas d’invitations sur Facebook d’inconnus au bataillon.
  • Mes amis m’ont dit « Tu t’en es bien sortie ! »
  • Ma mère m’a félicitée « bien qu’on sentait que je n’avais pas le même bagage scientifique que les autres invités » (merci maman).

Franchement, c’est déjà pas mal.

Nota bene : passer à la TV, ça s’improvise pas.

Nota bene pour les producteurs de télévision et autres choses de la culture : je me suis vachement entrainée depuis devant le miroir, donc n’hésitez pas. Et si vous tenez absolument à ce que je raconte des trucs intelligents, je sais plutôt parler des choses de l’écriture et des startups.


 

Merci à Pauline, à toute l’équipe de production de CSOJ, une émission que j’admire beaucoup, et à Frédéric Taddei avec qui j’espère un jour me réconcilier.