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J’ai arrêté Uber…

 

… Pour le traitement que l’entreprise réserve aux femmes parmi ses salariés (pour ceux qui n’auraient pas suivi : traitement pas cool, donc). Un acte politique fort, qui m’a demandé toute une dizaine de secondes pour supprimer l’application de mon téléphone, le coeur battant.

Il est fort probable que Travis Kalanick, le CEO d’Uber, s’en contre-tape le coquillard des 200 balles mensuels de manque à gagner que ça représente pour son chiffre d’affaires, confortablement installé autour des 5 milliards. Il vient de perdre 0,000048% de son revenu annuel, je pense qu’il s’en remettra.

Mais 0,000048% c’est mieux que 0 tout court.

De la même manière, je n’achète que des vêtements Made in Europe, pour lutter contre le travail des enfants dans les usines textiles au Cambodge ou au Sri Lanka.

Je renonce aux bananes par culpabilité pour l’empreinte écologique du transport depuis la République Dominicaine.

J’achète du Nutella bio et sans huile de palme pour sauver la forêt indonésienne et m’éviter d’avoir à ajouter à ma culpabilité-cellulite, celle d’être responsable de la chute de Sumatra.

Je bois du café labellisé “commerce équitable” et recycle consciencieusement les paquets une fois utilisés.

Je ne consomme pas de drogues pour ne pas donner de l’eau aux moulins des cartels mexicains.

Je me méfie du maïs, qui contiendrait presqu’à coup sûr des OGM.

Je ne réchauffe jamais au micro-ondes un plat dans du plastique, pour éviter de mourir d’un cancer causé par les perturbateurs endocriniens.

J’ai arrêté les gommages car les billes non solubles seraient la cause de la pollution de toute l’eau potable parisienne.

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Petite action par petite action, voilà que mon engagement prend corps. Dans les dents H&M, les Tupperware, Ferrero, la cocaïne, Nivea Gommage Lissant Doux et Géant Vert !

Je mange bio, je vote, je trie mes déchets, je suis l’actualité, je fais des dons, du bénévolat, je souris à la boulangère, j’éteins la lumière en sortant, je mets le chauffage sur “Eco”. Je pousse à la ruine les multinationales prêtes à sacrifier santé et éthique pour faire le beurre de celles qui marketent leur positionnement biologico-socialo-ethico responsable.

C’est un engagement tout entier, car ça n’est pas gratuit de n’acheter que de (belles) fringues fabriquées au Portugal. Ni de remplacer la consommation de banane par celle de simili-Nutella, ou celle de drogues douces par du vin bio. Ca demande un effort considérable de transvaser ses pâtes du bocal de plastique à son assiette en porcelaine, ou de devoir s’habituer à l’interface d’une autre application de VTC.

Je ne recule devant aucun obstacle pour sauver le monde. De rien, la planète.

Il ne me reste plus qu’à espérer que Chauffeur Privé traite bien ses salariés.