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Je vous ai pas dit, je suis passée à la télé (épisode 2)

Je viens de relire le billet de blog publié il y a deux ans qui racontait mon tout premier passage, dont la gloire est toute relative, dans le poste de télévision. Il était conclu par “Merci à Frédéric Taddei avec qui j’espère me réconcilier” : spoiler alert, ça n’est pas arrivé.

Ça ne m’a pas empêchée de rempiler pour d’autreS interventionS télévisuelles (oui, plusieurs) – les programmateurs des chaînes de la TNT ont-ils collectivement consommé tout l’alcool du monde pour avoir l’idée saugrenue de m’inviter ? Ou ai-je un profil particulièrement télégénique ? Je vous laisse juge.

Revenons une seconde sur ma première expérience Tévé. C’était à l’occasion de la sortie de mon premier roman, Hôtel International. J’avais 26 ans, un job à temps plein avec des boss que le monde littéraire intéressait à peu près autant que la couleur du papier toilette, et ma connaissance du milieu germano-pratin se limitait à savoir que le prénom de Beigbeder, c’était Frédéric (ce qui ne m’a pas beaucoup aidée, mais c’est une autre histoire à lire ici).

Par un concours de circonstances que je n’explique toujours que par une conjonction des astres, l’équipe de prod m’avait appelée un jour pour intervenir le soir même, dans une émission-débat consacrée au tourisme – le reste de cette aventure est narrée .

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Passer à la télé pour la première fois sur le plateau de Frédéric Taddei dans “Ce Soir ou Jamais!” en format débat, c’est un peu comme apprendre à nager en étant jeté dans la piscine. Sauf que la piscine, c’est un océan d’huile bouillante envahi de requins affamés.

Bref, ce n’est pas facile. Entre avoir l’air intelligent, être éloquente, ne pas dire de gros mot, se rappeler de donner envie de lire son livre, maintenir un niveau de bonnassitude tolérable, et surtout ne pas fondre en larmes, face caméra, hurlant : “Maman viens me chercher j’ai peur”, il y a pas mal de choses à faire.

Par conséquent, lorsqu’on m’a proposé d’intervenir à la télévision pour la sortie de mon deuxième roman, Ecosystème, je me suis dit : “Trop easy, j’y vais, sans maquillage, à cloche-pied, je vais péter l’audimat.”

*Parenthèse : si je suis complètement honnête, on ne m’a pas simplement “invitée”, j’ai dû harceler l’ensemble des journalistes que je connais (ou dont j’ai trouvé l’email en soudoyant des amis) et dois maintenant de “fières chandelles” jusqu’en 2022* – *Autre parenthèse : l’expression “fière chandelle” n’est-elle pas une des plus étranges de la langue française ?*

Fin des parenthèses.

L’émission était diffusée sur C News et ne durait que 8 minutes, contre ce qui m’avait semblé 348 heures consécutives chez Taddei, j’étais la seule invitée, et non entourée par 8 physiciens PHD+MBA, et le présentateur m’avait appelée environ 47 fois pour préparer les questions et me rassurer, plutôt que de me prévenir 3 heures avant. Tout s’annonçait donc sous d’excellentes auspices.

Le seul petit challenge supplémentaire, c’est que l’émission serait en direct.

Seul – petit – challenge.

Seul – pe-tit. Petit

* Autre parenthèse : manifestement en deux ans je n’ai pas appris à maîtriser le degré d’ouverture de mes yeux.*

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Bref, passons.

 

En arrivant dans la tour CNews, grâcieusement conduite par un taxi offert par “la prod”

…(laissez-donc moi dire “la prod”, ça me fait l’effet d’être une star de télé-réalité), on m’emmena directement au maquillage. L’organisation des chaînes d’information en continu est réglée comme une horloge, puisque chaque séquence dure moins de 10 minutes, le flux d’accueil invités, maquillage, salle d’attente, pré-plateau, plateau, démaquillage, taxi, se déroule comme du papier à musique. J’étais très impressionnée. Moi si j’arrive à me brosser les dents et attacher mon soutif, et non l’inverse, dans le bon ordre, le matin avant d’aller bosser, je suis déjà très fière de moi.

Une fois le visage magnifié par une épaisse couche de fond de teint, la maquilleuse me proposa de “faire quelque chose pour mes cheveux” (un don ? une intervention chirurgicale ? Je ne saisissais pas tout de suite). Comme je n’osais pas trop déranger, je répondais : “Non merci ça ira”.

Elle insista :

-Vous êtes sûre ?

-Oui, oui, pas de problème.

-Vous êtes sûre sûre ?

Je commençais à mieux saisir le sujet.

-Bon… ok.

Pendant que l’aimable et non moins pragmatique maquilleuse-coiffeuse intervenait sur mon crâne, elle entreprit de me faire la conversation :

-Vous venez pour parler de quoi ?

-J’ai sorti un livre.

-Ah oui, il parle de quoi votre livre ?

-Eh bien… hmmm (Je ne m’étais pas préparée à devoir pitcher dès le moment maquillage). C’est l’histoire de start-up, enfin de deux amis qui créent une start-up, mais c’est plus sur l’aventure psychologique que sur le business, vous voyez ce je veux dire ?

J’avais perdu la maquilleuse en moins de 20 secondes. Ça s’annonçait mal pour le plateau.

Ça se passe à San Francisco.

Elle s’en tapait le coquillard.

Une fois bien maquillée et coiffée je rejoignais l’animateur de l’émission dans une salle d’attente située juste à côté du plateau. Un large écran plasma diffusait ce qui se tournait de l’autre côté du mur, en direct.

J’apprenais donc que je passerai juste après une émission consacrée… au Thermomix. Vous savez l’espèce de robot Moulinex que s’arrachent les ménagères de plus de 50 ans, qu’on ne peut acheter que si on est parrainée par 17 autres membres de la secte Thermomix, qu’on participe aux ateliers cuisine 14 fois par semaine et qu’on offre un de ses reins.

 

Bref, le créneau du mercredi 15h15 n’était peut être pas mon coeur de cible, mais passons.

“Bon, il va y avoir un peu changement” m’a soudainement dit Emerick, le gentil animateur.

On allait peut être ré-axer le sujet de l’émission de “Rachel Vanier, sa vie, son oeuvre” à “Les femmes et les nouvelles technologies”. Et j’allais être rejointe en plateau par Isabelle Alonso, fondatrice des Chiennes de Garde.

On ferait donc un débat / discussion sur le féminisme dans le secteur, dans le cadre de la sortie de son bouquin, à elle. Dont elle avait probablement déjà vendu 74 fois plus d’exemplaires que moi.

“Elle est assez euh… véhémente, donc hésite pas à t’imposer” me précisait Emerick.

Mes nouveaux cheveux n’inspiraient donc pas une image de femme forte et éloquente, visiblement.

“Ah, d’accord” je répondais. Avais-je le choix ? Et surtout : comment allais-je bien pouvoir vendre ma bidoche sachant que mon livre n’avait rien de spécialement féministe (mis à part que l’héroïne est entrepreneure, ce qui, il est vrai, en surprend encore plus d’un) ?

Il ajoutait :

“Enfin, c’est pas sûr. On passe dans 7 minutes et elle n’est toujours pas là. Donc on verra.”

On verrait donc. Je préparais mentalement deux versions.

  1. « J’ai toujours écrit, dans ma plus tendre enfance d’ailleurs, je… »
  2. « Les femmes et les technologies, c’est mal. Enfin non, merde, c’est bien. Il faut plus de femmes, plus ! D’ailleurs dans mon roman, y’a plein de femmes. Bim ! »

40 secondes avant l’entrée en plateau, on ne savait toujours pas si Isabelle Alonso allait se joindre à nous ou pas.

Au moment du jingle de 8 secondes qui précédait l’émission – créneau très court et périlleux pendant lequel il faut que les invités escaladent littéralement des amoncellements de câbles pour accéder à leurs sièges – on ne savait toujours pas.

J’escaladai. Je m’installai. Je remarquai à voix haute : “Il n’y a pas de siège pour Isabelle Alonso.”

Emerick ouvrit des yeux ronds. Il restait 4 secondes.

“Ah effectivement, bon tant pis elle passera sur la séquence d’après”, déclara l’animatrice qui présentait tous les programmes de l’après-midi, avec un flegme digne de Gandalf (ce n’était clairement pas son premier direct, à elle).

Ça y’était : j’avais le poste de TV pour moi toute seule !

Je pouvais me lancer : “Dès ma plus tendre enfance, j’ai écrit…”

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À ma connaissance, je n’ai pas dit de gros mots pendant les 8 minutes qui ont suivi. Mais comme vous vous doutez bien, je ne les ai jamais regardées. Et comme je sais que tout se trouve si facilement sur Internet, je vais vous épargner l’effort de Googler et vous livrer le lien Youtube sans protester. Vous remarquerez que je suis hyper bien coiffée.


 

Je voudrais remercier Emerick de m’avoir invitée et surtout si bien traitée, Isabelle Moreau la présentatrice du Magazine de CNews pour son impressionnant professionnalisme, et Isabelle Alonso qui n’a probablement aucune idée du petit ascenseur émotionnel qu’elle a créé sans le vouloir, d’avoir pris son temps au maquillage.